10 juin 2006

L'affaire Clearstream - dégommage de témoin (2)

Le Figaro, journal inféodé à Nicolas Sarkozy, a mis en ligne une copie du PV de l'audition du soit disant auditeur de Clearstream. Ce document de 18 pages est un superbe condensé de la misère de notre société. Je me suis permis de le mettre en lien ici, même si j'aime pas trop exhiber du secret. Dans les lignes qui suivent, je donne une analyse de ma lecture, libre à tous de la commenter.
Francis Bourges, le témoin auditeur, est un jeune diplomé de l'EDHEC (Ecole des Hautes Etudes Commerciales du Nord) sorte d'usine à fabriquer des ambitieux. En 2001, il est jeune diplômé et travaille pour Andersen Consulting, grosse entreprise de conseil amplificateur à ambitions. Après le crash de cette entreprise suite à des malversations financières et son rachat par Ernst & Young, il le quitte en juillet 2004 alors qu'il a 26 ans et crée sa propre entreprise de conseil... Le parcours classique du gamin dévoré d'ambition.

Introduction, présentation du personnage et de son travail
Ici, Bourges (quel beau nom quand même, a-t-il un lien de parenté avec Hervé Bourges ?) explique son rôle dans l'affaire et présente ses relations avec certains acteurs présentés dans la note précédente. Il est tout de même surprenant de voir que c'est lui qui a demandé à voir les juges.
Donc, Bourges était en juillet 2001 chez Arthur Andersen en qualité de stagiaire et a effectué une mission d'audit chez Clearstream suite à la parution de l'ouvrage de Denis Robert, de juillet à septembre 2001 parmi 30 collaborateurs. Il y a une confusion sur le fait qu'il était statutaire ou stagiaire à l'époque. Quoi qu'il en soit, cela donne une idée du fonctionnement du cabinet AA qui envoie une gamin auditer informatiquement une banque gigantesque. Cela donne une idée aussi de la viabilité des travaux réalisés par de tels instituts. L'équipe d'audit, quand même, était constituée de 30 collaborateurs de différents pays. L'ambiance décrite était folklorique. Les auditeurs devaient converser dans leurs voitures, les bureaux mis à disposition par Clearstream étant truffés de caméras et de micros.
Au bout de 10 lignes, Bourges révèle sa vraie mission. Pas de quoi en faire un crack : "Ma partie de travail dans cet audit était basique". Il devait récupérer des informations sur les transactions chez Clearstream et les donner à ses supérieurs. Il était sous-grouillot de base. Pas besoin de faire l'EDHEC pour ça. Globalement, il avait été mis là car c'était le seul à maîtriser un logiciel appelé "Business Object", la bonne blague ! Il avait aussi pour mission de fouiner librement dans l'énorme base de données de Clearstream. Il écrivait des mémos à ses supérieurs quand il identifiait des aneries et des erreurs dans la Base de Données. Ces mémos ne figuraient pas dans le rapport final remis à Clearstream (pourquoi ? magouille AA ? opération commerciale ? mémos sans fondements de la part du jeune débutant Bourges ?). Il a même transmis ses mémos directement à ses collègues américains.
Par la suite il se plaint d'avoir été "placardisé" par AA à sa rentrée en France parce qu'il avait transmis ses mémos aux Américains. Alors là, un peu de sérieux. Cela se traduit par moins de missions donc moins d'argent. Alors là, soyons sérieux, Bourges a 23 ans et est débutant et on ne placardise pas une personne là depuis moins de trois mois. On la vire ! Il raconte qu'il a été embauché en avril 2001 or c'est faux puisqu'il prétend avant qu'il était stagiaire... Quoi qu'il en soit, si un débutant transmet des informations confidentielles aussi connement, c'est soit qu'il s'est fait blouser par son supérieur direct, soit qu'il est con, soit qu'il est hyper ambitieux.
Prenant une attitude de chevalier blanc, il contacte Denis Robert pour lui donner des informations sur son travail...

Sa rencontre avec D Robert et I Lahoud
Là, c'est un régal de fatuité et de mauvais goût. Déjà il se présente à D. Robert avec un pseudo tiré d'un livre de Sulitzer..... Sans commentaires. Par la suite, en 2003, D. Robert lui présente Imad Lahoud qu'il décrit initialement comme un gars aigri qui s'est fait virer d'une banque anglaise et qu'il veut se venger d'elle en utilisant les fichiers de Clearstream. C'est cohérent avec l'histoire de Lahoud, trader.
Par la suite, lors d'une rencontre, Mossieu Bourges, 25 ans, diplomé d'une école de commerce, qui connaît un logiciel, juge qu'Imad Lahoud n'était pas compétent en informatique. Je rigole ! Et là, Imad, destabilisé par Mossieu Bourges lui débale qu'il est agent secret et qu'il s'occupe des comptes d'Al Qaeda. Il lui montre une carte de visite RF et lui demande de garder sa langue vis à vis de Robert.... Alors là, je me marre, c'est splendide !!! Je ne dis pas que Lahoud est un crack, c'est surtout un pote à Rondot et Gergorin, je dis que Mossieu Bourges est un gros fat.
Imad Lahoud pompe son petit pigeon, et veut le payer... L'autre fait le chevalier blanc en disant "non, paye l'association que je préside et qui s'occupe d'une crèche"... Lahoud trouve un moyen de financement dévié par l'intermédiaire de l'entreprise MDBA dirigée par son frère... On nage en plein délire.

Son travail avec Van Ruimbeke
En septembre 2004, par l'entremise de D. Robert, il voit Van Ruymbeke, mais "ne sait pas qui avait arrangé leur rendez-vous"... Fous toi de ma gueule aussi, je dirai rien. Pendant deux ans, Bourges et VR travaillent en loucedé... Pourquoi VR n'a-t-il pas directement fait saisir les données de Bourges pour les faire étudier par un vrai crack ? Non, VR donne des infos et le petit jeune chef d'entreprise fait ses analyses en loucedé sans précisions sur le niveau de confidentialité requis par le juge.
En mai 2005, VR lui fait voir le fichier complet transmis par le corbeau. Bourges signale l'énorme ressemblance avec SON fichier et fait état de modifications ponctuelles. En fait VR a reçu anonymement SON fichier. Les ajouts concernent des personnes physiques (les hommes politiques qu'on connaît). A la fin, il dit même à VR que c'est SON fichier de 2001 trafiqué. En regardant les propriétés du fichier, il se rend compte que l'auteur des dernières modifications s'appelait NEO et qu'Imad Lahoud correspondait fréquemment avec le pseudo MATRIX-NEO...
Comment se faire piéger aussi connement. Quand on veut être anonyme, on l'est complètement et pas partiellement... Si je devais transmettre un fichier informatique, je ferais tout pour bidouiller les dates, les noms et j'ajouterais des fautes pour pas qu'on me reconnaisse. L'autre laisse "NEO" dans la trace de son fichier... Soit il est gland, soit il se fait balancer car victime idéale.

Bourges se fache mais se dégonfle
Oublions le chevalier blanc et passons au cow boy. Bourges demande des explications à D Robert et Lahoud.
Dans un premier temps, Bourges ne dit pas à VR qu'il avait remis ses fichiers à Lahoud. En fait, il se rappelle qu'il avait fait le lien entre NEO et Lahoud qu'après avoir vu VR quand il s'est expliqué avec Robert. Il ne pouvait donc pas savoir que VR avait Lahoud dans le nez. Robert donne trois fichiers à Bourges : un message d'explications d'utilisation de logiciel, une note_WSP et une note_DDV (Dominique de Villepin ?) des documents transmis par Lahoud... Tiens, tiens, Lahoud mettait au courant Robert des informations à l'intention d'un ministre. Superbe agent secret.
Lorsqu'il a la conviction que Lahoud est la personne qui a truqué tous les fichiers il n'en parle pas à VR sous un faux prétexte de peur. Il se rend compte qu'il s'est fait berner par plus malin que lui et se met dans une position de repli.

Discussions techniques sur le contenu des fichiers
Les juges montrent à Bourges des fichiers du corbeau. Ils sont tous pompés sur les fichiers volés par lui et, comme par hasard, sont tous "signés numériquement" MATRIX.

La raison pour laquelle il a contacté le juge
Quand tout est révélé. En fait Bourges a appris de D Robert que Gergorin connaissait son nom et le prenait pour un agent double DGSE - MI6. Il affirme également que D. Robert citait son nom dans un nouveau livre à paraître. Finalement, Imad Lahoud a dit dans Libération qu'il fallait s'intéresser à un certain Florian Bourges qui a des relations avec Gergorin. Finalement, Lahoud prétend au Canard Enchainé que Bourges aurait tenté de lui vendre les fichiers...


Conclusion car il en faut une
Bourges est un jeune con à l'ambition délirante qui s'est fait doubler par des gens peu scrupuleux (Lahoud, Van Ruymbeke, Robert). Bourges est un ane d'avoir conservé de tels fichiers sur lui.
D'un autre côté, Lahoud l'escroc est en train de servir de bouc émissaire. On sent bien qu'il se fait manipuler. Lahoud manipule Robert qui manipule VR qui manipule Bourges. Gergorin qui manipule Lahoud qui manipule rondot etc...
C'est un bordel cette affaire. Bonne chance au juge.

L'affaire Clearstream - synthèse d'informations (1)

On parle souvent à tort et à travers de l'affaire Clearstream. Pour des raisons politiques, les recherches de la presse ont focalisé sur la présence de Nicolas Sarkozy dans les listings de la banque. Beaucoup ont glossé sur les manipulations politiques essentiellement pour cacher la vérité bien plus sulfureuse : l'action d'une banque dans le blanchiment de l'argent sale. Quoi qu'il en soit, voila un résumé du dossier qu'avait fait le magazine Mariane début mai.

PARTIE I - La mise en scène, les acteurs
Les acteurs
En préambule, Mariane révèle que c'est la garde rapprochée de JL Lagardère qui est au coeur (mort depuis) à savoir :
  • N Forgeard
  • P Camus
  • JL Gergorin
  • P Delmas
  • Marwan Lahoud (le frère d'Imad)
Ces barbouzes ont mené des combats féroces, en particulier contre Thomson, lorsque celle ci s'opposait à la fusion Matra-Aérospatiale qui allait constituer EADS. Le patron de Thomson à l'époque s'appelait Alain Gomez.
Lorsque EADS a été créé, les 4 premiers acteurs se sont battus entre eux pour le pouvoir, Gergorin soutenait Camus (coprésident d'EADS) pour le poste de président. De son côté Delmas soutenait Forgeard (alors patron d'Airbus), c'est ce dernier qui est à la tête d'EADS maintenant.
L'histoire
1 -- Comment se connaissent-ils
En 1982, Gergorin, avant de passer chez Matra, est à la tête du Centre d'Analyse et de Prévision (CAP) du Quai d'Orsay. C'est le service de renseignements "haut de gamme" du ministère des affaires étrangères. Il emploie, entre autres.
  • P Delmas comme conseiller économique
  • P Rondot (ancien as de l'espionnage) comme spécialite des affaires arabes
  • D. de Villepin comme spécialiste des affaires africaines.
2 -- le contexte des années 90
Chirac, DDV vouent une haine féroce à l'égard du trio Balladur-Sarkozy-Pasqua. Tous les coups ont été permis entre eux (exemple l'affaire Schuller-Maréchal avant les élections de 95). Chirac et DDV sont alors convaincus que leurs trois adversaires ont touché des retro-commissions dans le cadre des magouilles de vente d'armes (affaire Falcone de livraison d'armes à l'Angola qui a vu la chute de Pasqua et celle de JC Mitterrand).
Durant la cohabitation Chirac-Jospin, DDV avait été chargé des affaires délicates auprès du président. Il a été accusé d'avoir constitué un "cabinet noir".
Détail ironique, quand, sous Jospin, la DGSE et la DST ont été chargés d'enquêter sur d'éventuels comptes occultes de Chirac au Japon et au Liban, c'est DDV avec l'aide de Rondot qui ont été chargé de désamorcer la supposée manipulation.

PARTIE II - Chronologie
Juin 2001
R. Van Ruymbeke est chargé d'une instruction sur la vente (en 1981) de frégates à Taiwan équipée par Thomson CSF.
Septembre 2001
Chirac reçoit Rondot et le charge, sur proposition de DDV, de déminer l'enquète de la DST et de la DGSE l'enquête lancée par Jospin (croit-il) concernant des comptes qu'il posséderait au Japon et sur lesquels des mouvements de fond importants en provenance d'une fondation culturelle dont il est le président.
2001-2002
Ernest Backes, un directeur informatique de Clearstream tout juste licencié, livre à Denis Robert (un journaliste) des documents tendant à prouver que Clearstream est une entreprise de blanchiment d'argent sale.
Janvier 2003
Gergorin, vice-président d'EADS présente à Rondot (alors en poste au MinDef) Imad Lahoud actuellement en charge de la sécurité informatique sur l'A380.
Le père des Lahoud travaillait avec le père de Rondot au Liban.
Imad Lahoud à longtemps géré l'argent de riches familles arabes en utilisant les services de clearstream. Juste avant 2003, il a connu une banqueroute dans une de ses entreprises et a passé 3 mois en taule. Pour se racheter, il a balancé des informations sur le financement du terrorisme islamiste.
C'est ce qui, à mon avis, a permis de le faire travailler à la DGSE compte tenu de son casier judiciaire...
Rondot, donc le présente à Juillet, le patron de la DGSE, et ils s'accordent pour lui confier une mission sur la mouvance Al Qaida et son financement. Il semble que Lahoud ait fait un excellent travail sur ce dossier.
Mars 2003
Lahoud est présenté à Denis Robert par l'entremise d'un journaliste. Robert ne sait pas que son nouveau copain travaille pour la DGSE..... Lahoud récupère ainsi les fameux listings.
Octobre 2003
Gergorin signale à Rondot que Lahoud a décrypté les fichiers Clearstream (tu m'étonnes, il travaillait pour eux avant) et qu'il avait mis en lumière une vaste corruption mafieuse qui éclabousse les industriels de l'armement, des fonctionnaires et des politiques.

PARTIE III - Les politiques entrent en scène
Mars 2003
Gergorin prévient DDV alors au Quai d'Orsay, et lui remet le listing des comptes Clearstream. Ils contiennent, entre autres, les noms d'industriels, de mafieux et de politiques suspectés d'avoir touché des rétrocommissions dans l'affaire des frégates de Taiwan.
Ces listings ne contiennent pas le nom de Sarkozy. Par contre, on y trouve l'ex numéro 2 des RG - M Squarcini, un de ses proches, JJ Martini, un officier de la DST (celui-là même qui avait déminé l'histoire des comptes de Chirac au Japon), Madelin, Strauss Kahn, Fabius, mais SURTOUT, tous les ennemis de Gergorin, Alain Gomez, P Delmas, les mafieux russes Abramovitch (patron du club de football de Chelsea et oligarque proche de V. Poutine), Arkady Gaydamak, et enfin Pasqua et ses boys (son fils et Marchiani).
Rondot avec l'accord du Directeur de Cabinet de Michelle Alliot-Marie décide de poursuivre l'investigation. Il en informe DDV début 2004, mais surtout, il rend compte à Chirac qui est très intéressé.
Il semble en fait que Chirac et DDV aient subodoré qu'il pouvait effectivement s'agir d'une "énorme affaire" (sic).

9 janvier 2004, la réunion du scandale
Rondot est convoqué dans le bureau de DDV au Quai d'Orsay. Gergorin est là. Ce dernier sort la liste Clearstream et répète sa théorie du blanchiment d'argent sale orchestré par Gomez, Delmas, Pasqua et la mafia russe.
Villepin n'évoque pas encore Sarkozy.
Mais quand Gergorin évoque une vente d'Airbus en Chine où Sarko devait se rendre, un vaste brainstorm se déclenche.
Rappelez vous que Gergorin était l'ancien patron de Rondot et DDV et qu'il doit avoir un ascendant psychologique sur eux. Comprenez aussi que Sarko, ministre de l'intérieur, n'a rien à faire en Chine pour raisons professionnelles. Rappelez vous aussi que DDV et Chirac soupçonnaient Pasqua, Balladur et Sarko d'avoir palpé des rétrocommissions, en particulier sur les marchés passés avec l'Arabie Saoudite et que Sarkozy a tenté en 2002 de contrôler la répartition des juteuses commissions du marché de la sécurastion des frontières saoudiennes.
Les trois acteurs de cette réunion ont des marottes différentes :
  • Gergorin c'est les industriels de l'armement,
  • Rondot, bon fonctionnaire, c'est la compromission éventuelle des services et des fonctionnaires du ministère
  • Villepin, ce sont les noms des politiques cités. Il se demande s'il n'y en a pas d'autres.
Quand un des protagonistes suggère de passer l'enquète au ministère de l'intérieur, DDV explique qu'il vaut mieux qu'on ne dise rien à Sarkozy. Il veut faire un gros coup, être celui qui découvrira le pot-aux-roses au nez et à la barbe de Sarkozy mais, il ne le dit pas, il le soupçonne énormément d'avoir palpé. Après cette entrevue, Rondot envoie un courrier à DDV et au dircab de MAM où il s'inquiète des théories complotives de Gergorin et soupçonne une éventuelle manipulation.

PARTIE IV - De Villepin s'accroche à sa marotte
Mars 2004
Il fait libérer Imad Lahoud alors interpelé par la police.
Mai 2004
Rondot a procédé à des vérifications qui ont toutes été vaines. Il s'est aperçu (en envoyant lui-même de l'argent) que les comptes Clearstream et les transferts de fonds existaient bien. Mais les noms cités ne correspondaient absolument pas aux détenteurs de ces comptes.
Il prévient Villepin et MAM qu'il ne sent pas l'affaire et qu'il pourrait s'agit d'une gigantesque manipulation. Il sent que Lahoud est hyper louche...
3 mai 2004
La liste est communiquée par un corbeau à Van Ruymbeke. D'après ce qu'on a appris par la suite, il ne s'agit pas d'un corbeau mais d'une réunion Gergorin-Van Ruymbeke. La liste communiquée ne contient pas le nom des politiques mais par contre tous les ennemis de Gergorin y figurent.
14 juin 2004
Le "corbeau" envoie à VR la liste transmise par Lahoud à Rondot mais aussi 885 noms des hommes politiques déjà cités plus le patronyme hongrois du père de Sarko (De Nagy) qui correspondraient à des comptes occultes dans des banques italiennes. Il faut comprendre que Clearstream ne gère pas que ses propres comptes, elle gérait également des comptes dans d'autres banques dont la BNP et le crédit lyonnais. Paradoxalement on trouve 4 Gomez dans cette liste, tous mafieux colombiens, par contre celui d'Alain Gomez a disparu.
Constat : parmi les noms cités, certains appararus au cours de conversations entre Lahoud et Denis Robert. D'autres, en particuliers des cadres du groupe Hachette, ne peuvent être connus que par des gens qui travaillent dans ce groupe ou chez EADS. On trouvera aussi le nombre de personnalités juives, par exemple celui de Patrick Gaubert, président de la LICRA (Antisémitisme du libanais Lahoud ?).
Gergorin raconte à l'époque qu'il soupçonne que le corbeau travaille pour la mafia. Il dénonce le fait que cette liste contient le plus grand nombre de noms possibles pour destabiliser l'enquête (vous vous imaginez, VR devait enquêter sur les 1000 noms de la liste).
Selon Marianne, si Gergorin est clairement le corbeau de la première phase, on soupçonne que la seconde phase a été initiée par son ennemi, Delmas, et son entourage.

PARTIE IV - Il est temps de conclure
Eté 2004
Sarkozy est mis au courant par le journaliste S. Denis de l'enquête effectuée par Rondot et du soupçon de megamanipulation. S. Denis est ami de Rondot.
Début juillet, DDV commet une "faute énorme". Le dossier Clearstream, tel qu'il a été communiqué à VR est communiqué au Point en provenance des milieux de l'aéronautique... La direction du point (Franz Olivier Giesbert, le borgne coiffé comme Beethoven) prévient DDV pour se couvrir, et DDV prétend que c'est du solide. C'est à cette époque que DDV aurait dit à FOG : "cette fois, si la presse fait son travail, il ne survivra pas à cette affaire".
A la suite de ce rebond spectaculaire, une information est ouverte par le parquet (proche de sarko) pour dénonciation calomnieuse.
LE DOUBLE JEU
c'est à ce moment là que Sarko a compris tout le bénéfice qu'il pourrait tirer du scandale en le présentant comme une simple opération de basse police montée par Villepin. Après la crise du CPE, Villepin et Sarko font la paix. Pendant ce temps, le week end de Pâques précisément, Sarko et son avocat se concertent à la Baule (là où Villepin a fait le gazou en slip de bain....) et il alerte la presse sur le fait qu'il faut s'attendre à des révélations imminentes. Le 25 avril il lance à un de ses conseillers : "Avec ce qui va se passer bientôt, Chirac aura d'autres soucis en tête !"


PARTIE V - Ma conclusion
Il n'y a pas une affaire mais cinq affaires dans ce qui se passe actuellement.
1 - l'affaire Clearstream
Clearstream est bien une banque qui a blanchi de l'argent sale. L'enquête de Lahoud a, parait-il, dévoilé plein de pots aux roses. Maintenant, n'oublions pas que Lahoud est un ancien escroc qui travaillait en partie avec les services de clearstream pour gérer le pognon de familles arabes riches (comme les Ben Laden). Il devait avoir des infos avant de commencer son enquête.
Je pense même qu'il s'agissait d'un secret de polichinelle et que la raison pour laquelle on a enfin flingué cette officine doit être liée à une lutte de pouvoirs et d'influence (par exemple une autre banque a pris pour patron un pote de Gergorin ou autre).
2 - l'affaire des frégates et l'affaire Falcone
Deux serpents de mer fantastiques qui ont sans doute touché des industriels véreux (Le Floch, Sirven, Gomez ?) des mafieux (Pasqua, Abramovitch, Gaydamak...) des politiques (Dumas, Pasqua, Balladur ?, Sarkozy ?) et leurs hommes de main.
3 - la course au pouvoir dans le milieu industriel
Gergorin a tenté de régler ses comptes avec Gomez et Delmas et a utilisé les politiques et la justice pour celà. Filou et malin il a manipulé ses anciens d'hommes de main et, on vient de l'apprendre, Van Ruymbeke...
4 - des politiques malins comme des singes et d'autres cons comme des pieds
Je crois en la bonne foi de Chirac et DDV lorsqu'ils soupçonnent Sarkozy d'avoir palpé en même temps que Pasqua. Je ne crois pas à la blancheur de Sarkozy globalement. Je pense qu'il est suffisamment roué pour pas se faire piquer (du reste comme Strauss Kahn et Fabius en fait, rappelons que ceux là étaient au pouvoir pendant les magouilles autour des frégates).
Villepin s'est clairement fait embrumer par son ancien chef. Pour moi, c'est l'événement initiateur. Sa tentative d'instiller son ressentiment à l'égard du gnome hongrois est un pet de mouche. Autant Sarkozy est louche, autant Villepin me fait penser à Don Quichotte (un peu comme si je mettais en parallèle Hollande et Strauss Kahn, l'homme à la cassette vidéo). Sa confidence à FOG me fait marrer avec le recul.
De son côté Sarkozy fait ce qu'il veut de la presse et il le fait bien. Il a de la ressource l'animal. Vous allez voir, on n'est qu'au début, il va rebondir de façon fantastique alors que je suis convaincu qu'il a palpé.
5 - le monde est petit pour des égos délirants
C'est fou de voir que des gens qui paraissent aux antipodes les uns des autres sont si liés. Gergorin patron de DDV et Rondot, Rondot père qui bosse avec Lahoud père, Marwan Lahoud qui bosse avec Gergorin, Imad Lahoud qui bosse pour Clearstream.
Ce monde, c'est celui que je condamne, c'est celui que j'ai envie de faire exploser. Marre des népotismes et des loges.
Allez, on conclut
La campagne contre Villepin est odieuse car il n'est pour rien dans cette affaire. Il a été un pion (on en demande plus à un premier ministre, je suis d'accord) et s'est fait blouser. Elle a pour intérêt de détourner les yeux de la vraie vérité : que des gens se soient enrichis de manière criminelle sur les affaires de Taiwan. Pendant qu'on continuera de taper sur ce brave con de Villepin, on oubliera Gergorin, Gomez, Pasqua et les autres.
C'est effarant de voir qu'on accorde le secret défense à un libanais louche et que nos services secrets donne du travail à un escroc qui a géré le fric de gens dont la pureté peut être remise en question.
On assiste également à une deuxième vague de réglements de compte. VR va être mis au ban de la société pour avoir pêché par naïveté également (ce Gergorin, quel cador). Sarkozy ne veut pas de lui comme patron de la justice à Paris (RV avait demandé sa mutation à ce poste et elle a été mise en suspens suite à l'information judiciaire contre lui).

Et l'affaire continue... Voir le second fil sur le sujet

03 juin 2006

Foot, argent, violence...

Denis Robert, l'idole des pisse-froids donneur de leçons de morale et dénonciateurs des grands complots satano-libéraux, par ailleurs journaliste d'investigations de talent, intègre et honnête, a livré un opus peu complaisant à l'égard du football. Il approche le football de manière directe et froide en tentant de dénoncer la folie qui nimbe ce sport actuellement. Personnellement, je suis fanatique de football depuis ma plus tendre enfance. J'ai suivi avec passion les épopées stéfanoises et bastiaises des années 70, tout gamin. C'est à cette époque liminaire que j'ai construite ma dévotion à l'égard de deux clubs : la Juventus de Turin et le Liverpool FC. J'ai eu l'immense honneur de voir la juve des années Tardelli au Stadio Communale de Turin et j'en gardereai un souvenir mémorable. Converti au Péhesseugéisme car il faut bien avoir un club national pour pouvoir un peu vibrer en regardant la télé française, j'ai eu moins d'intérêt dans les épopées marseillaises et, j'avoue, la récente épopée de Lyon me laisse d'une grande froideur.
Ceci étant dit, nous approchons de la coupe du monde, et les grandes gueules recommencent leurs salamalecs. Le football est avec la politique le seul fait de société (je n'ose pas employer le mot art pour football bien que je pense qu'il s'agit de quelque chose s'y apparentant), pour lequel, tout le monde, même le dernier clampin, a un avis formel et inflexible. C'est donc un régal pour les publicitaires et leur bras merdiatique télévisuel pour manipuler les masses et faire acheter du produit inutile.

Je me lance, ici, dans un long article. Car j'ai tant à dire sur le football. Comme tous les longs articles, je vais tenter d'éviter les chianteries et les lourdeurs. Mais ce n'est pas garanti. J'espère que vous irez jusqu'au bout. Merci d'avance.

Apologie du football
Un grand footballeur a dit un jour : "Le football c'est simple, ça se joue à onze sur un terrain et à la fin c'est l'Allemagne qui gagne". C'est vrai que globalement c'est un sport simple à suivre. Les règles sont simples, il faut pousser un ballon dans un rectangle en bois avec n'importe quelle partie du corps excepté le bras. Tout est autorisé sauf la brutalité et l'anti-jeu. Voilà ! Ajoutons à celà deux ou trois règles simples pour fluidifier le jeu et on a un sport d'équipe qui fonctionne pas trop mal.
Quand on dit que le football est un sport, c'est une vérité syntaxique. Le mot sport, comme nous l'entendons en France car il s'agit d'un mot français à la base, signifie activité de loisir. Nos voisins anglais ont transformé le terme de desport (que les espagnols ont conservé d'ailleurs) pour en supprimer le concept de loisir pour ne se consacrer que sur l'aspect physique. Le football est avant tout une distraction qui regroupe une confrontation des corps, une confrontation des intelligences et une confrontation des talents.
Sur le plan physique, le football est extrêmement exigeant car il s'agit d'un sport rude et violent. Le fait de pousser la balle avec le pied induit forcément des déséquilibres permanents que le corps passe son temps à compenser, ce qui le rend très fragile aux agressions externes, en particulier à l'état des terrains et aux contacts avec d'autres joueurs. Les ânes qui critiquent les footballeurs parce qu'ils se roulent à terre après un choc n'ont jamais joué au football. La fragilité du corps dans certaines situation de jeu combinée à l'impossibilité que l'on a de mettre en route des mécanismes de défense rendent les chocs extrêmement dangereux. Bon, j'arrête là, la critique des ânes, c'est pour un peu plus loin.
Ceci étant, puisque l'intelligence et le talent importent au moins autant que la force et la vélocité, le football est un sport peu exigeant du point de vue des caractéristiques physiques de ceux qui le pratiquent. Les idoles transgénérationnelles Pelé, Cruyff, Maradona de ce sport ne sont pas des malabars survitaminés. Les joueurs vieillis compensent leur manque de fraîcheur très souvent par des données tactiques voire un talent hors norme. Paul Gascoigne, un des joueurs les plus doués de tous les temps, était constamment farci à la bière, aux chips and a very little bit of fish et à la cocaine. Quand il arrivait sur le terrain, il était bedonnant, lent, vite essouflé. Il n'empêche que je n'ai jamais vu un joueur autre que lui sur terre faire reculer les défenseurs uniquement en mettant le pied sur le ballon. Même des joueurs "handicapés" par des atrophies physiques pouvaient se transformer en magiciens, le fantastique ailier, Garrincha, devait son talent de dribbleur au fait qu'il avait une jambe plus courte que l'autre.
De par sa simplicité, le football est un sport facilement jouable. A l'école, les gosses faisaient des piles de pull-over pour symboliser les buts, et une feuille de papier emballée de ruban adhésif suffisaient à croire qu'on était les héros de l'Estadio Azteca. Dans la rue, un ballon et quatre pulls, et c'était Maracana sous nos pieds. Sur toute la planète, des gosses de nulle part peuvent jouer au ballon sans rien d'autre que ce qu'ils ont sur le dos et dans leur poche. Ils se regroupent entre potes et constituent des équipes après un rituel que j'imagine universel qui consiste à désigner les deux meilleurs d'abord. Ceux-ci font cinq pas en arrière, et reparcourent cette distance en avant en mettant un pied juste devant l'autre. Celui qui marche sur le pied de l'autre choisit un joueur en premier et, tour à tour, les deux "capitaines" choisissent un élément supplémentaire dans la masse. C'est un procédé inique, les derniers sont toujours les petits gros et les moins doués. C'est aussi ceux qu'on va convaincre de jouer gardien de but, le rôle le plus ingrat dans ce sport.
Ouvert à tous, riches comme pauvres, petits comme grands, gros comme maigres, forts comme faibles, le football est certainement le sport le plus universel. C'est ce qui vaut qu'il est le seul à être suivi avec ardeur sur les cinq continents. Ouvert aux pauvres, c'est aussi le seul sport collectif où les Américains du Sud et les Africains peuvent faire figure d'épouvantail à la sacro-sainte puissance européenne.
Sport populaire par définition, le peuple et ses traditions font loi. Les équipes nationales sont extrêmement teintées par la culture des pays qu'elles représentent. Certes, cela fait un peu cliché, mais on distingue très nettement l'euphorie samba du Brésil, le côte blietzkrieg et force collective de l'Allemagne, la haine et l'auto émulation de l'Angleterre, le côte "artiste avant d'être vainqueur" des Français. Ces couleurs déteignent parfois en fonction des générations de joueurs disponibles, mais globalement il y a des constantes que l'uniformisation en cours, et dont on parlera plus bas, n'arrive pas à totalement détruire.

Une simplicité qui cache une extraordinaire complexité
Je crois avoir un peu exagéré la simplicité du football dans la section précédente et je vous fais mes excuses. Le football est un sport en fait d'une extraordinaire complexité parce qu'il repose sur des gestes qui ne sont pas naturels. Le geste le plus élémentaire du football, le contrôle du ballon, est extrêmement complexe à bien réaliser en toutes conditions de jeu. Michel Platini, un théoricien bedonnant influent, accessoirement joueur de génie des années 80 malheureusement éclipsé par le talent de Maradona, l'a souvent résumé dans ses entretiens. Chaque geste réalisé comporte un énorme facteur chance et que le talent ou la technique ne sont que des artifices pour contrôler la chance. C'est d'ailleurs celui qui risquera le plus et osera le plus qui progressera le plus. Fort de ces approximations, un match de foot n'a jamais et n'aura jamais un sort décidé par avance. Regarder un match de football, c'est accepter de se voir sevrer de gestes concluants. On passe quatre vingt dix minutes à admirer la maestria qu'ont certains à contrôler les ondes. Les moments de pur bonheur ou de pur malheur sont rarissimes et sont imprévisibles dans le temps. Un match de football, c'est une heure et demi de stress et de suspense. Du début à la fin, on ne connaît pas la fin du film. Bienheureux ceux qui croient être capables de pronostiquer quoi que ce soit.
L'histoire nous montre beaucoup de matchs au déroulement incompréhensible. La finale 2005 de la coupe d'europe des clubs champions nationaux (renommée champion's league de façon lamentable) en est un exemple flagrant. Ce match a opposé deux équipes qui n'étaient pas a priori les plus côtées de la planète de l'époque : le Milan AC et Liverpool FC. Pendant toute la première mi-temps, Milan fait certainement une des plus belles mi-temps du foot de tous les temps. La classe de ses joueurs, l'engagement physique, la chance, le talent, tout s'y trouve avec du panache et de la maestria. Quand on voit une telle performance, on est forcément admiratif. Alors que Milan alignait les buts les uns après les autres, son attaquant vedette en ratait et on sentait que ces ratés allaient avoir leur impact. Pendant ce temps, Liverpool était fantomatique, incapable de jouer, incapable d'exister. Après la pause, son entraîneur effectua quelques changements tactiques (intelligence) et rapidement, l'idole du club marqua un but. A ce moment là, les artistes se sont transformés en chiffes molles, et réciproquement. Le public anglais, si fervent se mit à chanter et à relancer son équipe, et ce fut Liverpool qui gagna au terme d'un combat homérique.
Dans le même genre d'idées, le football est plein de ces matchs indécis dont le sort se décide dans les ultimes secondes de jeu. Des exemples il y en a un nombre impressionnant et je retiendrai ici le match dantesque qui opposa le Paris Saint Germain au club royal de Madrid (le Real). Pendant ce match, Paris, petite équipe en devenir, affrontait un colosse mondial, un club mythique et une équipe fantastique. Le match commence avec un handicap très lourd pour le PSG car il doit absolument gagner avec beaucoup de buts. C'est une partie âpre, les deux équipes sont très bien organisées (Intelligence) et très forts (Physique). La magie de ces matchs c'est que tous les buts qui seront mis seront magnifiques et historiques. Le second but, celui qui temporairement scella le sort des madrilènes est un vrai chef d'oeuvre de justesse (Chance donc talent). Le match est terminé officiellement, Paris est qualifié. A une minute de la fin, Paris est encore plus qualifié. Ce soir là, l'arbitre a décidé de faire jouer près de sept minutes de temps supplémentaire pour prendre en compte le temps gâché par des blessures ou des remplacements de joueur. Ces sept minutes vont être interminables. Au delà des temps de jeu additionnels usuel, le Réal de Madrid marque, ce qui lui donne un tiquet pour une prolongation du match d'une demi heure, prolongation dont on sait d'avance qu'ils sortiront vainqueur. Les équipes françaises n'aiment pas les prolongations. L'histoire allait donc se conclure de manière triste pour les parisiens. Mais c'est sans compter sur la fureur. Compte tenu de l'enjeu, de l'injustice, et de la volonté (Schopenhauer) les parisiens se sont transcendés (Bestialité, Schopenhauer) et la victoire fut leur. La joie qui suivit ce match d'anthologie (comme les autres du même type) est proche de la jouissance. En une minute, "le monde bascula". J'aurais pu choisir l'exemple de la finale du championnat d'europe des nations de 2000 où les Italiens furent convaincus de leur victoire jusqu'à l'ultime seconde où l'Equipe de France égalisa et les battit au milieu de la prolongation. Ce qui valut cette devinette foireuse : "tu sais comment reboucher une bouteille de champagne ? non ? et bien demande aux Italiens !"

Un jeu difficile à réglementer
Le foot plus que tout autre est sport de confrontation sans temps mort et sans quasiment de phases statiques. Par ailleurs, comme il est le théâtre de l'approximation, il se peut toujours de peu qu'un geste bien tenté s'avère être un échec. Un défenseur qui va attraper un ballon dans les pieds a vraiment peu de temps et d'espace pour réussir son geste. A un milième de franctions de seconde près, son geste tenté peut s'avérer être une faute et pourrait même se transformer en blessure. Parce que les travers aux réglements sont très sensibles, que l'engagement physique est total et que les joueurs expérimentés savent également tricher, le doute s'installe et quand il y a doute, il y a justice et son pendant injustice. Il y a donc colère ou résignation, haine.
Le football, sport dynamique par définition, est arbitré par des hommes qui régulent le jeu dans les deux sens qu'a ce verbe. Réguler comme juger, les arbitres sont juges de ce qui est permis et de ce qui ne l'est pas. Ce sont eux qui valident les buts. Ce sont eux également qui sanctionnent les joueurs et les équipes qui enfreignent trop les règles du jeu. Par ailleurs, l'arbitre a un rôle dans le maintien du rythme du match, autre sens du mot régulateur. S'il est trop inflexible et se signale à chaque faute, il hache la partie et rend les attaques impossibles et ainsi favoriser les défenses alors qu'elles sont fautives. Par son "aveuglement" et son "libre arbitre" il peut faire en sorte qu'un match soit plaisant à lire et laisser le jeu se développer.
L'arbitre a un rôle très compliqué dans le football et sa position de juge et partie, en fait la cible privilégié des grincheux. Certes on pourrait l'assister de moyens techniques modernes tels que la vidéo pour l'aider. Mais c'est prendre le risque de lui faire perdre sa légitimité, et surtout, cela créerait un football à deux vitesses : le football des professionnels et le football des rues, ce que certains hypocrites mettent en avant pour refuser la mise en oeuvre de tels dispositifs. Mais cette différence n'existe-t-elle pas déjà ? Dans les championnats régionaux, ce sont les entraîneurs des équipes qui font office d'arbitres. Tout les matchs n'impliquent pas trois arbitres officiels de la fédération. Toutes les équipes ne disposent pas de terrains en pelouse, toutes les équipes n'ont pas des vestiaires de luxe.

Le football, un art de la guerre !
On sait historiquement que l'athlétisme, la lutte et la gymnastique sont l'art de l'entraînement au combat. Mais en aucun cas ce ne sont des épreuves de guerre. Les jeux olympiques antiques n'avaient pas de simulation de phalanges. On était dans une logique de glorification de l'individu. La dérégulation de l'art guerrier causée par la légion de Rome, a tué cette glorification individuelle au profit d'une constitution de l'esprit d'équipe. On est fort parce que nombreux et le général est le vrai vainqueur du conflit. C'était le cas évidemment avant, mais on avait ce culte de l'héroisme qui a disparu petit à petit avec l'histoire. Jamais Perceval n'égalera Achille en terme de "divination".
Les sports collectifs ont un petit peu le chaînon manquant. Ce sont des épreuves de groupe, d'opposition, donc de guerre. En celà, le football se distingue encore. En général, dans les sports collectifs, la donne physique fait la différence, et le droit d'usage d'intelligence est réservé à un petit nombre de joueur dans chaque équipe. Certes, à part dans le football américain, tous les sports laissent ouverte la porte de l'initiative. Ce sont souvent les initiatives qui font la différence, mais ce sont des actes d'instinct individuel. Au foot, la donne tactique n'est pas centralisée. Chaque joueur de par son positionnement et par son opposition directe doit être tacticien car il sait qu'il doit gérer l'approximation dont on a parlé plus haut. L'art du football est justement de fédérer les instincts tactiques individuels et de les transformer en une tactique commune. Si le rugby est un sport de progression, si le handball est plutôt un sport de siège, le football est un petit peu des deux en même temps. Une capacité de progression sans art du siège est inopérante, l'inverse aussi. Néanmoins il existe des éclairs, des sorties gagnantes, des contournements, des pénétrations, des percussions, des usures de l'adversaire, qui sont des techniques guerrières séculaires. Non le foot n'apporte rien de nouveau par rapport à ce qui existe, mais il fédère un peu tout en même temps. C'est ce qui le rend plus réaliste car le monde en tant que tout n'existe pas, il se composera toujours d'une multitude d'entités s'imbriquant, se combinant, s'opposant et s'harmonisant.

Confrontation, violence et hooliganisme
Parce que c'est le sport le plus simple et le plus populaire, c'est également le sport des plus terribles confrontations. Tous les villages, toutes les villes, toutes les paroisses ont leur club de football. Toutefois, il est évident que la confrontation n'a pas le même terreau quand on se trouve en Angleterre qu'en Allemagne. Il est important que nous nous penchions sur ces vecteurs sociologiques si différents.
Commençons par le pays où tout a débuté. L'Angleterre, c'est le pays des oppositions car c'est la seule vraie monarchie qui existe en Europe. Dès leur plus jeune âge on apprend aux Anglais à se détester entre eux sans raison évidente pour nous. Le culte de l'étiquette et de l'armoirie commence à l'école. Chaque école a son signe de reconnaissance, et chaque enfant l'a gravé sur la poche de son blaser, juste devant son coeur. Cette opposition à l'autre est le fil conducteur de la vie en Grande Bretagne. Les adultes ont leur pub, leur marque de voiture, leur club et gare à celui qui a une voiture d'une autre marque, gare à celui qui va dans un autre pub eet gare à celui qui fréquente un autre club. J'ai bien connu la région de Manchester et c'est amusant de voir qu'il n'y a aucun mancunien qui supporte le même club. Certains sont des fervents de city, d'autres de Bolton, et il est quasiment rare de voir des fans d'United. En plus des étiquettes que la société monarchique leur donne, les Anglais ont réussi à inventer d'autres sources de conflits internes. Comme toujours, la religion est la première source. Une discussion entre supporters des équipes de Glasgow donne un aperçu des formes que peut prendre la haine. Le Glasgow Rangers c'est le club des protestants, c'est ainsi le club des riches à l'opposé du Celtic qui est le club des catholiques souvent plus pauvres et moins influents. A Londres, la haine entre le Nord industrieux et populaire de Tottenham et le sud plus aisé d'Arsenal est paroxismique. Les confrontations entre le représentant de l'Angleterre industrielle, Manchester (the Red Rose) et la région plus agricole, Leeds (the White Rose) tourne parfois et souvent en guerre.
En France et en Espagne, grands pays catholiques, on assiste plutôt à un conflit de paroisse. Tous les supporters, où qu'ils vivent supporteront toujours leur paroisse. Un Lillois vivant à Marseille (ça existe, je vous mens pas, j'en ai vu) supportera Lille car c'est SA paroisse. Dans les tournois régionaux, il est fantastique de voir que même si la France n'est plus pieuse, les querelles de clôcher sont toujours aussi présentes et puissantes. On note quand même qu'il existe un statuquo sociologique typiquement français : la haine de Paris. Paris, la seule vraie mégalopole centralisée d'Europe attise toutes les haines et toutes les convoitises. Ce qui fait que le club de la ville la plus hostile à la capitale, Marseille, est le plus populaire en France quel que soit son passé, quelles que soient ses vissicitudes.
L'Italie a mieux ingéré son catholiscisme. Les querelles de clocher sont présentes mais on sent plus un ressentiment post-Mussolinien dans le clivage entre pauvres et riches. Les clubs italiens sont organisés ainsi. Dans chaque ville, on retrouve le club des aristocrates et le club du peuple. A Milan, les deux grandes équipes, l'Inter et l'AC sont respectivement les représentants des couches laborieuses et des couches plus aisées. Au delà des conflits intra urbi, on retrouve ce clivage au plan national. La Juventus de Turin, club des industrieux, de l'italie péponesque, capable d'un communisme de clocher et de discours (nous parlons ici des supporters naturellement, la Juve étant propriété quasi exclusive de la famille Agnelli, propriétaire de la FIAT) est l'ennemi juré du Milan AC, club de la ville riche par définition, celle des usuriers et des banquiers, celle des avocati.
Comme on le voit, le clivage entre équipes de football est très marqué par les couleurs locales. Ce n'est pas une spécificité du football. Toutefois, cela atteint des proportions particulièrement violentes essentiellement du fait du caractère lisible du football, du concept de "libre arbitre" qui gouverne la sanction des fautes, de données extra-physiques telles que la perte de confiance des joueurs sous stress, et du suspense.
Le public peut facilement se transformer en récipiendaire des lois, il peut également se faire tacticien car tous les schémas guerriers sont inclus dans le football, il est également acteur car son influence psychologique est immense. Puisqu'il s'agit d'une guerre globale, les clubs de supporter adoptent des attitudes, des raisonnements, et des comportements guerriers. Qui n'a pas vibré en entendant le kop de Liverpool entonner son hymne "you'll never walk alone", "vous ne marcherez jamais seuls", sous entendu on est là derrière vous et gare à ceux qui vous affronteront. Qui n'a pas vibré au Vélodrome de Marseille quand les deux groupes de supporters situés dans chaque virage, s'entr-appellent en hurlant "Aux Armes" (citoyens, bien sûr). Aux Armes, on va vous tuer, vous n'êtes pas là pour plaire mais pour souffrir.
Le vrai hooliganisme est né en Angleterre, pays de toutes les haines on vient d'en parler pendant les années 70-80, années coincidant avec la naissance du mouvement punk, et tous ces mouvements hostiles à la ségrégation et à la désindustrialisation des bassins miniers du Pays de Galles et de Manchester. Punks, Skinheads (voir expressement la définition du terme Skinhead pour éviter tout amalgame), tous ont investi les stades et ont ajouté cette touche de violence gratuite typique là bas. Fortement imbibés d'alcool, certains supporters anglais étaient devenus des monstres. On a tout tenté pour les faire fuire des stades (augmentation des prix des billets, organisation des matchs en début d'après midi pour limiter le risque d'alcoolisme, fermeture des pubs en périphérie des stades, vente de l'ame du football anglais aux mercantis), la ferveur reste présente et les drames comme celui du Heysel se reproduiront toujours.
La haine est bien moins violente dans le reste de l'Europe même si les matchs PSG-OM en France ou Real-Barcelone, Milan-Naples restent des matchs sous très haute tension.
Scission populaire, ambiance guerrière, comment voulez vous que cela ne dégénère pas. Ceux qui condamnent les exactions du public n'ont jamais rien compris au foot ou veulent le tuer. Que le racisme, le fascisme et autres extrêmismes fasse partie du public mais la fédération des haines donne naissance à de tels mouvements et, en celà, c'est tout à fait explicable. Chasser ce type de comportements des stades, c'est nier le football, et donc le tuer. Je ne suis pas favorable au racisme bien au contraire. Ce qui me dérange n'est pas la lutte contre ces comportements mais le fait qu'on veuille chasser la haine des stades. Un stade ne peut exister sans haine, une confrontation ne peut se faire sans haine, sinon quoi il s'agit d'un spectacle. Tant qu'à faire, si on ne cherche que du spectacle, bidonnons les matchs, mettons des metteurs en scène pour ajouter du tragique à droite et à gauche et le faux-peuple sera content.
Certains diront "oui mais le quidam qui n'a rien à voir avec ces hooligans peut en être la victime". Je répondrais qu'un stade est juste un peu plus dangereux que de manifester voire de se déplacer en ville. Se balader seul en ville dans certains quartiers fait prendre un risque de se voir dépouiller et violenter. La seule différence aujourd'hui, c'est que les stades sont couverts de caméras qui saisissent en direct les débordements de violence, ce qui n'est pas encore le cas de la rue.

L'argent, le nerf de destruction de la guerre ?
Les mercantis et les riches ont toujours été jaloux du beau et du bon, d'où la profusion de mécènes et de pygmalion. Initialement support publicitaire, le football est devenu récemment un mécénat crasse et un moyen d'amplification de pouvoir pour certains commerçant affreux (exemples : Roman Abramovitch, Robert Louis-Dreyfuss, Mohammad Al Fayed). Certains même, ont utilisé le football comme tremplin pour l'accession aux responsabilités politiques. L'escalade financière du football conduisit certains clubs à entrer en bourse et d'autres à être achetés par des fonds de pension. Récemment, on a appris que des joueurs ont été "achetés" par des fonds de pension et qu'ils sont mis à disposition de clubs, on est proche de l'esclavage dans l'esprit.
Comme toujours, c'est la société du crime qui a montré la voie. Les liens entre le club de Naples et la Camora est bien connu, on se souvient qu'à l'arrivée de Diego Maradona dans ce club, le chef emprisonné de la Camora avait eu une permission pour assister au premier entraînement public de la star argentine dans un stade San Paulo comble.
Outre le crime, l'iniquité institutionnelle a également participé au pourrissement du football. Quand tous les clubs du monde essayaient tant mal que bien de gérer leur compte, le Real de Madrid pouvait se permettre des dettes colossales que le roi d'Espagne effaçait d'un revers de main.
La mainmise de l'argent, le culte de la compétition prit un tournant décisif au milieu des années 90 quand un obscur joueur belge du nom de Bosman saisit la cour Européenne pour qu'elle statue sur son cas. Avant cette action, les clubs de football étaient autorisés à avoir dans leur effectif que trois joueurs étrangers, et ce en contradiction de la loi européenne qui permet à tout citoyen de l'union de circuler et de travailler où bon lui semble. M. Bosman ne jouait pas dans le club qui l'employait car il était le quatrième étranger. La cour européenne de justice jugea positivement dans son sens et un arrêt fut promulgué qui autorisa les clubs à employer autant de joueurs de la communauté européenne que bon leur semblera. L'effet fut immédiat. Des pays à championnats de faible niveau comme la France ou les pays bas furent pillés de leurs meilleurs joueurs et les grands clubs se dotaient d'armadas invincibles, dénaturées. Dans certains cas, les recruteurs prenaient garde à ne faire venir que des joueurs dont l'état d'esprit était cohérents avec celui du club. Par exemple, la Juventus de Turin, connue sous le nom de "squadra d'operari", l'équipe d'ouvriers, a principalement recruté des joueurs resepctueux de leur club, combattants et vaillants pour conserver le public. Cette approche ne fut pas malheureusement la seule, et on vit des équipes jouer dont la mentalité n'avait rien à avoir avec l'esprit du club, donc en contradiction avec les valeurs populaires qui le soutenaient. Elle atteint des sommets avec la constitution des équipes galactiques dont nous parlerons plus bas.
Cette folie du recrutement ouvert a transformé des gamins en stars de plus en plus jeune pour que des agents véreux réalisent de plus en plus de plus-values démesurées en volant des jeunes à des centre de formation. Elle a aussi conduit à des politiques de naturalisation obscènes, des trafics de faux papiers, le pillage du vivier que sont l'Afrique et le Brésil (éternelle victime de la cupidité des blancs) ou des filières d'esclaves se constituent sous les feux de la rampe. Elle a également servi de base à des escroqueries lamentables reposant sur la surévaluation de joueurs. Je m'arrêterai là sur les scandales, il y en a tant d'autre. Tous les lister alourdirait énormément ce fil.
Mais cet arrêt n'a pas eu que des côtés négatifs pour les amateurs du dimanche. Des pays normalement peu compétitifs comme la France sont devenus de sérieux clients lors des confrontations internationales. Par exemple, on se rappèlera de la phrase de l'immense Demetrio Albertini lors du match France-Italie de 1998 qui, conscient de l'incapacité de son équipe à battre la France, meilleure physiquement, plus forte tactiquement, bien plus vaillante, avait osé cet aveu d'impuissance : "Nous avons accouché d'un monstre".
Depuis quelques années, des mercantis se sont rendus compte qu'on pouvait gagner de l'argent avec le football. La rentabilité est devenu mot d'ordre. Si certes les recettes des matchs et les droits télé de plus en plus délirants ne sont plus la manne qui fera la différence, une politique de marchandisation des moindres coutures du sport s'est mise en place, ce en dépit du sport. Ce sont ces gens là qui ont besoin de purifier le football de ses images controversées. L'exemple le plus flagrant étant le Réal de Madrid et sa politique de galactiques qui, parcourait la chine pour montrer ses gladiateurs au risque de perdre toutes ses compétitions.
Ces mercantis sont de plus en plus les princes du monde des affaires. Ils utilisent dans le football les mêmes ficèles que celles qui ont pourri le monde de la finance. Leurs accointances sont cachées sous un platras de compétition. Les récentes affaires qui secouent l'OM et le PSG en sont l'exemple le plus flagrant. On voit que l'OM se livrait à des magouilles financières par l'intermédiaire du servette de Genève club suisse affilié au PSG. En gros, devant les caméras on envoie des pseudo-directeurs qui vont attiser la haine entre les clubs mais en dessous, les propriétaires s'accoquinent pour le meilleur (voir aussi ces excellents articles de l'Equipe Lien 1, Lien 2).

Le crime a toujours profité et profitera toujours
Les malversations, les magouilles, les trucages ont presque toujours existé. Le bidonnage de matchs, les corruptions n'ont pas attendu les philistins pour se pratiquer pratiquement à ciel ouvert. Je ne veux pas les légitimiser, ceci n'est qu'un constat.
Si les clubs ont exagéré les pratiques mercatiques, ils ont été sérieusement aidés et soutenus par les instances nationales et internationales. J'en veux pour preuve la multiplication des matchs de coupe d'europe, les compétitions inutiles telles que la coupe des confédérations et les championnats à rallonge. Le tout pour quoi ? Pour plus de matchs, plus de droits publicitaires, généralement empochés par les instances. Pour pouvoir tenir ces rythmes démentiels, dopage et trucage sont devenus des pratiques de plus en plus organisées. Certes, des bien-pensants, souvent aux instances, condamnent ces dérives, mais eux en profitent plus que les autres. Quand un joueur comme Ronaldinho Gaucho soulève les foules par son talent, c'est son club, ses sponsors mais surtout la fédération international qui se frottent les mains.
La pudibonderie, comme toujours, cache le crime.

Une starification outrageuse et destructrice
Des stars, il y en a toujours eu. Les génies du football, les talents fantastiques, les forts charismes, cela a toujours existé. L'argent n'a rien inventé. Les Pelé, Maradona, Cruyff resteront des phares. Ce que les mercantis ont inventé c'est la super-starification, nouveau concept qui fait qu'un joueur quelconque peut avoir plus de crédit que le meilleur ouvrier des terrains du monde. La folie planétaire autour de David Beckham est un exemple pathétique. Détaillons-le. Ce jeune mancunien est un excellent joueur, fort d'un physique plutôt agréable, il a été la coqueluche des tabloids britanniques, premiers acteurs mondiaux de la puérilisation du peuple. David Beckham a connu rapidement une vie de star et son destin est tombé entre les mains d'un agent, véritable attaché de presse, qui lui a construit un mariage, construit une image et a fait de lui un des sportifs les plus riches de la planète, toutes disciplines confondues. David Beckham n'est pas une lumière sur un terrain de football. C'est un très bon joueur mais il se situe à des milliers de kilomètres des vrais artistes du terrain tels que Zinédine Zidane ou Ronaldinho Gaucho (pour prendre ses contemporains). Formé à Manchester United, fidèle à ce club autant qu'il le put, son aura était limitée car Manchester, quoique le club le plus riche du monde pendant des années, a surtout privilégié le respect de ses valeurs fondatrices plutôt que de se laisser séduire par les sirènes du sur-mercantilisme. Assez vite, il quitta le club et partit dans l'équipe des Galactiques du Réal de Madrid. Aussitôt, son image devient icone. La fusion du club le plus mythique et du joueur le plus adulé pour son physique donna naissance à un engouement excessif qui permit, enfin, au Réal d'équilibrer son budget et de gonfler la fortune personnelle du jeune Mancunien qui, j'ai oublié de le dire, n'a absolument rien à dire lui même.
Ce que David Beckham a gagné d'autres l'ont perdu. L'inflation d'image de marque et la faible offre disponible de ce genre de produits conduisent les recruteurs à chasser les gamins de plus en plus jeunes. Des enfants à peine entrés dans l'adolescence se voient offrir un précontrat professionnel avec sponsors pour dix ans. J'ai dans mon entourage un gamin de 14 ans qui vient de signer dans un grand club de France et qui a intérêt absolument à réussir sous peine d'être réduit à être une loque en cas d'échec.
On l'a abordé précédemment à plusieurs reprises. La sur-starification de certains joueurs a connu un sommet récemment avec la constitution d'équipes de galactiques telles que le Réal de Madrid. Le concept est simple : regrouper sous le même maillot les joueurs dont le crédit publicitaire est le plus élevé mondialement. Années après années, le Réal a dépensé des dizaines de millions d'euros (ça sonne moins que des centaines de millions de francs) pour s'offrir les services de stars planétaires, une par an, contre toute logique de résultat. Certes, cette équipe jouait un football de foire avec des envolées techniques magnifiques. Mais elle n'a rien gagné en plusieurs années. La défection du public normalement si fidèle commença à se faire sentir, le public de Madrid est populaire, fervent et passionné... espagnol quoi ! Résultat, le Réal dont les fans sont actionnaire majoritaire s'est séparé de son président et revoit actuellement sa politique de recrutement pour retrouver l'esprit d'une équipe conquérante. Ceci pend naturellement aux autres équipes du genre (Chelsea d'Abramovitch par exemple).

Un futur que j'espère heureux
Ce qui est arrivé au Real de Madrid, la dénonciation en Italie des scandales liés au trucage de matchs, la condamnation des systèmes OM et PSG en France sont autant d'événements positifs qui vont ramener le football dans des proportions qui n'auraient jamais du être quittées.
Quand les bidonnages seront tous révélés, il y aura un phénomène de pseudo-dégoût orchestré par les donneurs de leçons médiatiques habituels. Les pseudo-supporters, ceux qui, par exemple se sont découvert une passion inaltérable pour le sport en juillet 1998 en France, retourneront à leurs critiques et leur "dégoût" pour le football. La perte d'un tel pannel de clients potentiels vraisemblablement replongera les clubs dans les comptes négatifs, fera fuir les investisseurs pour rendre leur place aux mécènes et aux vrais passionnés à la tête des clubs. Le football retrouvera son train train habituel. Les stars auront un niveau de vie moins outrageux et devront se distinguer soit par leur talent soit par leur charisme. L'apparition de joueurs comme Gennarro Gattuso dans le gottha fait plaisir à voir. C'est le retour au culte du combattant, à l'amoureux de son maillot, au prêt à tout pour que soit respecté son sport. Mais naturellement avec une tête comme ça, une philosophie comme ça, ça va faire fuir les midinettes et les petits intellos. Mais n'est ce pas ce qui serait le meilleur sort à réserver au football que de limiter son public aux vrais amateurs, à ceux qui ont poussé des balles de scotch, à ceux qui ont compris les valeurs que ce sport véhicule : intelligence, esprit de corps, tactique, goût du combat, guerre à tout prix, contrôle de ses nerfs.
Naturellement, cela repose sur une reprise en main du sport par les vrais sportifs. La présence d'affreux lobbyistes tels que Monsieur Blatter à la tête de la fédération iternationale est une insulte au noble sport. La constitution de ligues élitiste comme le Top 14 qui s'opposent aux vraies valeurs du football au nom du profit doit être interrompue tout de suite. Je donne dix Blatter pour un Maradona. Je donne dix Aulas pour un Socrates dont le destin d'homme devrait servir de phare à tous les jeunes. Mais que connaissent-ils ces supporters gavés de bourgeoisie malsaine quand ils produisent de tels sites et de telles équipes ?
Rendez le foot au peuple, c'est un ordre.

Précisions sur la banière

De nombreuses personnes m'ont demandé qui étaient les messieurs qui composent la banière de ce site. Allez, je le dis pour répondre d'un coup à tant de questions. De gauche à droite :

Aristophane (-450 à -385) : auteur comique grec connu pour ses satires violentes de la société athénienne. Inventeur connu de l'humour comme arme politique.
François Villon (1431 - 1463) : poète grossier, voyou notoire (coquillard), génie universel. Anarchiste avant l'heure.
Friedrich Von Schiller (1759 - 1805) : poète allemand admirable, génie de la description des grandes âmes.
Voltaire (1694-1778) : philosophe, conteur, génie, guignol. Voltaire c'est l'intelligence gratuite et supérieure accessible à tous. Auteur de la célèbre phrase que j'ai du mal à m'appliquer : " je vous écris cette longue lettre parce que je n'ai pas le temps d'en écrire une courte ". Père des BLOGUEURS de tout poil : "Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution ; ce sont les petits livres portatifs à trente sous qui sont à craindre. Si l'Évangile avait coûté douze cents sesterces, jamais la religion chrétienne ne se serait établie."
Nicolas Gogol (1809 - 1852) : immense écrivain ukrainien, précurseur de la grande littérature pastorale (les soirées du hameau) et auteur d'une fantastique critique du système féodal russe (les âmes mortes).
Fédor Dostoievski (1821 - 1881) : le peintre des âmes. Initialement révolutionnaire, puis converti au conservatisme religieux, il est l'auteur du plus grand roman humaniste de tous les temps : les frères Karamazov.
Arthur Schopenhauer (1788 - 1860) : philosophe allemand, idéaliste, athée, lucide, profondément lucide. Homme qui a osé placer la volonté au centre de l'univers.
Jules Vallès (1832 - 1885) : révolutionaire communard, anarchiste, journaliste et auteur de trois ouvrages colossaux (l'enfant, le bachelier, l'insurgé).
Friedrich Nietzsche (1844 - 1900) : fou. Fut par ailleurs le philosophe destructuraliste par essence, ancien élève de Schopenhauer, il a placé la volonté de puissance comme étant l'essence la plus intime de l'être. Nietzsche s'est également voulu le fossoyeur de la métaphysique. En quelque sorte, il était un rebelle de la pensée.
Emiliano Zapata (1879 - 1919) : révolutionnaire mexicain, partisan de la cause indienne et père de la redistribution des terres aux paysans.
Franz Kafka (1883-1924) : romancier tchèque (austro-hongrois). Auteur de romans décrivant son incompréhension du monde qui l'entoure et qui dénoncent la puissance, l'incohérence, l'inflexibilité et l'inintelligibilité des administrations.
Louis Ferdinand Céline (1894-1961) : romancier anarchiste, dénonciateur de la bestialité humaine. Il s'est distingué pour avoir publié à la fin des années 30 trois pamphlets antisémites extrêmement violents qui lui vallurent une réputation certainement injustifié de collaborateur. Son style particulier est d'un humour féroce.
Marcel Aymé (1902 - 1967) : romancier français utilisant un scalpel en guise de plume. Son oeuvre est remarquable pour sa dénonciation de l'hypocrisie, de l'avidité, de la cruauté et de la violence. Maître de l'humour froid et noir.